 | Madame Claire VACHONDomiciliée à Village-Neuf (68128, France) Née à Compiègne (60200, France) le mercredi 5 décembre 1979 Décédée à Huningue (68330, France) le mercredi 11 mai 2011 à l'âge de 31 ans Epouse de Monsieur Olivier BARON
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Espace « condoléances »
Cet espace condoléances a été créé le jeudi 12 mai 2011.
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Les hommages
Hommage
Personne ne nous apprend la mort. Personne n’en parle.
Nous avons grandi, mais tout le monde s’est tu. Pourtant, nous la verrons, c’est certain. Des gens que nous aimons nous laisseront sur le chemin, un jour, nous laisserons le monde.
Qu’avons-nous eu pour apprendre ? Nos parents se sont tus. Nous avons glané une messe, des funérailles, une procession, une fosse, autant de mots sombres qui nous ébranlent, appellent les voiles noirs de pluie et de résille, le désespoir, et au bout, RIEN. Nous avons des larmes et un immense silence, un chagrin qui peu se taire, qui doit parfois, comme s’il était tabou. Nous avons cru comprendre que parfois même, quelqu’un l’a dit, la mort est un péché.
C’est notre tour d’être perdus. Un seul nom lorsqu’il résonne nous transperce et nous endolorit jusqu’au bout des doigts, comme un jaillissement lancinant, incessant, qui revient, notre amour orphelin, notre être limité, notre solitude qui cisaille, notre impuissance à sauver alors que nous voudrions tant…nous aurions voulu…et le cerveau qui bout, qui meurt, qui aime et qui déteste, qui ne veut plus, plus rien, qui se perd…
C’est une leçon de mort.
Elle est partie.
Nous l’aimions.
Elle était belle et apportait du sens. Ce sens que nul n’a suffi à lui rendre, elle qui l’avait perdu.
Le corps fragile et imparfait dans lequel nous voyageons, par hasard, n’a pas ce défaut de nous barrer la sortie. Nous pouvons le quitter, si nécessaire. L’impermanence qui rend la vie belle, chaque instant si précieux, qui permet le contraste, fait de nous ce que nous sommes. Une lumière fugitive. Mais une lumière. Inexistante sans la nuit.
Comment parler de la mort, me soustraire à ce que l’on ne m’en a pas dit et qui s’impose de façon insoutenable ? Qui suis-je pour reprendre la parole sur cette question dont on dit qu’on ne peut l’évoquer, qu’elle nous dépasse, doit nous rendre humbles et courbés ?
Je m’en fiche.
Je déteste ce qu’on ne m’en a pas dit, qu’on m’a donné à voir. Je décide de refaire un chemin, un autre, un qui me mènera ailleurs, en moi, ailleurs en elle, et que j’aurais aimé qu’elle trouve, sachant qu’elle a beaucoup lutté, qu’elle était fatiguée.
Je décide que la mort est un acte de création. De création de vie.
Qui démentira ?
Je décide qu’elle n’a jamais cessé de vivre intensément, de chercher des réponses, des solutions, des issues, qu’elle a été forte, qu’elle n’a jamais cédé, qu’elle a toujours été courageuse. Je décide aussi de dessiner ses contours, là, maintenant. De replacer les couleurs, toutes celles qu’elle avait trouvé, donné, enrichies, toutes celles qu’elle avait montrées à tout le monde, comme autant de trésors invisibles juste avant son passage.
Je décide de peindre son sourire et ses yeux. Et je décide de penser à ce que sa mort crée de sa vie, à ce qu’elle laisse, à ce qu’elle donne, un paysage immense et coloré, un bonheur, une intelligence, un sens, deux sens, une multitude de sens, des enfants, des amours, de la beauté. Je décide que sa mort repeint ma vie, à moi aussi, en beaucoup mieux qu’avant elle.
Je décide que je ne veux pas entrer dans le rang de ceux qui en ont peur, que la mort est une question d’Homme et que je suis un Homme, que ce qu’on m’a dit est faux, que je peux lui répondre, la repeindre, et en lieu de faucille replacer des bouquets, que le Styx est turquoise et bordé de galets, que sa robe est blanche, que je veux de la paix et plus la déchirure, un sourire, un courage, moi aussi. Je veux atteindre ces rives d’une vie plus vivante et plus riche, d’une vie sans elle, mais qu’elle a habité.
Je décide, que je veux tout de cette leçon là, tout prendre pour aller plus loin, et comme elle chercher, et trouver, me concentrer sur son existence, et non pas sur sa perte. Je décide que je veux prendre et prendre encore ces instants livrés jadis, et les relire comme un livre y puiser de la joie, encore de la joie, de la force, et pas que du chagrin.
marie-lorraine weiss- 16-05-11
Hommage
(SUITE)
Je décide que sa mort n’a duré qu’une seconde, mais qu’elle me laisse 30 ans d’images et de leçons.
Je décide qu’elle me recrée, et je l’en remercie, qu’elle se recrée, qu’elle a laissé un arbre, un oiseau, une chanson, un enfant, deux enfants, un cœur, deux cœurs, trois cœurs, tant de cœurs, habités.
Elle a trouvé son issue, continuons de chercher la notre et de donner du courage. Elle a laissé des clefs derrière elle, tant qu’elle a pu. Où que nous allions à notre tour, ramassons-les. Ramassons celles qui feront sens, ramassons celles qui vont dans le sens du même bonheur qu’elle a cherché, qu’elle a trouvé parfois, qu’elle retrouvera plus tard, demain, autrement, sur d’autres routes. Et si je pleure, toi, la mort, je te le dis ! Tu me feras sourire, aussi, et sourire encore et rire peut-être, parce que tu ne détruis rien, tu illumines ce qui a été, et tu remets des couleurs aux couleurs, à toutes les couleurs du vivant.
marie-lorraine weiss- 16-05-11
Hommage
Cher Olivier,
Chère Claire,
Je viens d’apprendre cette triste nouvelle, mais d’aussi loin que je sois, dans l’espace, et dans le temps, il me semble que mon cœur est toujours resté très proche de vous.
Je ne peux que vous envoyer cette lettre, qui je l’espère, réchauffera ceux qui restent, et comme les pensées agissent, s’entendent et se ressentent, fera écho quelque part, je ne sais où, dans son cœur.
Lorsque je me souviens de Claire, ce sont d’abord deux yeux bleus étonnamment lumineux qui me reviennent, immenses… puis une sensation de douceur, et d’intelligence qui font poindre chez moi un sourire, alors même qu’ils se sont clos aujourd’hui. Ils resteront toujours ouverts pour moi, d’aussi loin que je les appelle, ces yeux bleus de confiance, rassurants, qui font pépier mon âme, comme un petit oiseau.
Je revois ensuite son sourire, et je repense…
A nos premières rencontres, à l’université, avec notre amie Fanny, lorsque chaque soir, nous parcourions les rues sombres de la ville, toujours gaiement, par grand froid pendant ce premier hiver universitaire… Elle habitait dans un foyer, j’allais à la gare, Fanny dans son appartement, et ce fut le temps des premiers braedeles, et des soirées chocolat. Ce qui m’amène à l’essentielle recette du chocolat chaud, dont elle apprit à toutes le secret : faire chauffer le lait, toujours trois fois mesdames, avec du vrai chocolat en carrés, sans jamais cesser de tourner avec beaucoup d’amour !
Aucun chocolat depuis, ne se fit – ni ne se fera !- sans une pensée pour elle !
Plus tard, ce furent les heures passées sur les bancs de l’université, à ne pas écouter, ou à écouter parfois, peut-être ? Pas sur ? De fabuleux cours sur le théâtre de l’antiquité à nos jours, de stylistique ancienne, d’affreux textes et d’autres merveilleux … des heures d’ennui joyeuses, entre jeunes filles insouciantes…des balades dans le parc, sous la pluie, au soleil…les premiers tracas du monde adulte…
Puis, ressurgit une journée à Mulhouse, à visiter, et à passer quelques heures dans une maison qu’elle avait rendu accueillante, son chez-elle, avec du soleil, et des fraises, madame ! Sans elle aurais-je connu mes premiers émois, lorsqu’elle nous présenta, et des jours de fête sans pareil plusieurs années durant ? Des nuits à papoter, à refaire, ou a ne pas refaire le monde, justement, un autre ailleurs, de-ci delà, à continuer de grandir, à jouer au billard, à écumer des cinémas et les livres…
Claire, ce sont autant de petits instants de joie, de vie, d’amitié, passés à sourire au monde, à le découvrir, et à le regarder, à côté d’elle, avec ses yeux qui semblaient en savoir bien plus long que les nôtres, paisiblement. C’était aussi une redoutable organisation, qui la rendit brillante, la seule étudiante à répartir ses heures de travail en fonction des coefficients des matières au concours ! (quels résultats, que n’eûmes nous le même génie ?)
Lorsque nous apprîmes la maladie, elle fut plus forte que jamais, encore, et je me souviens être restée admirative, presque incapable de saisir l’étendue de son courage et de sa volonté.
Le temps à passé, depuis, la vie avec, qui aujourd’hui poursuit son cours invariable, un peu plus lasse sans elle, avec ses peines et ses joies, mais surtout, toute cette énergie, précieuse qu’elle laisse derrière elle, qui continuera de vivre à travers nous, et à travers tous ceux qui un jour goûteront son chocolat chaud, et partageront tous les petits secrets qu’elle leur a laissés comme de minuscules perles lumineuses qui ressurgissent de loin en loin et d’âme en âme en ricochant gaiement.
Merci Claire, d’avoir croisé ma route, de l’avoir partagée, éclairée, de l’avoir enrichie et peuplée, merci pour tes yeux bleus, toujours ouverts, magnifiques et souriants.
Merci à ceux qui l’ont aimée et qui ont eu la chance de partager un bout de chemin, un bout d’existence, un bout d’eux-mêmes avec Claire.
A bientôt.
Marie
Marie-Lorraine WEISS- 13-05-11
Hommage
Les parties de Luna n'auront plus la meme saveur, désormais. On l'attendait toujours a la première place, quelque soit le jeu. Aujourd'hui, elle part la premiere...et ce n'est pas la place qu'on lui réservait. Grosses pensées a ceux qui restent, Olivier et les enfants essentiellement.
bertrand klein- 13-05-11